
← Autrement l'Histoire9 août · 1 h 02 min
L’attentat du café Terminus : Émile Henry et la terreur anarchiste à Paris
<p>Le 12 février 1894, Paris vit une soirée ordinaire. Les cafés sont pleins, les théâtres attirent la foule et, près de la gare Saint-Lazare, les clients du Café Terminus écoutent un petit orchestre en buvant un verre. Parmi eux se trouve un jeune homme de 21 ans, élégant, calme, presque banal. Il s’appelle Émile Henry. Sous son manteau, il cache une bombe.</p><p>Quelques instants plus tard, il allume la mèche, lance l’engin au milieu de la salle et provoque une explosion qui fait dix-sept blessés. L’un d’eux, Ernest Borde, mourra de ses blessures. Henry tente de fuir dans les rues de Paris, tire sur ceux qui essaient de l’arrêter, puis finit par être maîtrisé. Très vite, les enquêteurs découvrent qu’ils ne viennent pas seulement d’arrêter l’auteur de l’attentat du Café Terminus. Ils tiennent également le responsable de l’explosion du commissariat de la rue des Bons-Enfants, survenue en novembre 1892 et qui avait tué quatre policiers ainsi qu’un employé de la Compagnie de Carmaux.</p><p>Comment un jeune homme brillant, issu d’une famille cultivée, promis à une carrière confortable, est-il devenu l’un des visages les plus radicaux de l’anarchisme français ? Pour le comprendre, il faut revenir dans la France de la fin du XIXe siècle, une société traversée par de profondes inégalités, des crises économiques, des conflits sociaux et une immense colère contre l’État, la bourgeoisie et les institutions.</p><p>Dans les quartiers populaires, une partie du mouvement anarchiste rejette les élections, les partis et toute forme d’autorité. Certains militants défendent alors la « propagande par le fait » : l’idée qu’un acte violent, spectaculaire, pourrait réveiller les consciences, provoquer une révolte générale et précipiter la chute de la société bourgeoise. C’est dans ce climat que surgissent Ravachol, Auguste Vaillant et Émile Henry, trois hommes aux parcours très différents, mais dont les attentats vont installer une peur durable dans le pays.</p><p>Ravachol frappe des magistrats et devient, après son exécution, une figure presque légendaire dans certains milieux révolutionnaires. Auguste Vaillant lance une bombe dans la Chambre des députés. Émile Henry va plus loin encore : il ne vise plus seulement un représentant de l’État ou un symbole du pouvoir. En attaquant les clients anonymes du Café Terminus, il choisit de frapper une foule qu’il considère comme complice du système qu’il combat.</p><p>Son procès devient celui de toute une idéologie. Henry ne demande ni