
← Vlan!24 sept. · 45 min
[SOLO] Pourquoi on adore regarder la fin du monde ?
Nouvel épisode solo comme toutes les 2 semaines. C'est la version longue et parlée de ma newsletter, celle où je prends le temps d'aller au bout de ce que l'écrit ne fait qu'ouvrir.
Vous avez sans doute vu passer l'histoire de ce chercheur qui a démissionné d'Anthropic en expliquant que l'IA pourrait mener à la destruction de l'humanité. Son message a été vu plus de 150 millions de fois. Quelques heures plus tard, le responsable de l'équipe chargée précisément d'éviter ça écrivait qu'il estimait ce risque à plus de dix pour cent dans la décennie. Pendant quelques jours, j'ai regardé les débats tourner, et j'ai fini par remarquer une chose qui m'a franchement surpris : personne ne demandait comment. Par quel enchaînement concret un logiciel tuerait-il huit milliards de personnes ?
Cette question m'en a ouvert une autre, beaucoup plus personnelle. Pourquoi est-ce que je passe mes soirées devant Walking Dead, Je suis une légende ou L'Armée des 12 singes, et pourquoi suis-je incapable de citer dix films à succès qui montrent un avenir désirable ?
Dans cet épisode, nous parlons du seul scénario un peu construit de toute cette séquence, celui d'Annie Jacobsen, et de la raison pour laquelle il occupe 0 % de la conversation. Du mot apocalypse, qui voulait dire « révélation » avant de vouloir dire « tout s'arrête ». Des quatre récits de fin du monde qui nourrissent chacun un appétit différent : la faute, la chasse, le dévoilement et le contre-modèle. De Frankenstein, qui raconte en réalité le danger d'abandonner ce qu'on a créé. De la curiosité morbide, qui nous entraîne à survivre et nous rend en même temps plus perméables au complot. De Nick Bostrom, qui nous a expliqué que nous vivons probablement dans une simulation et que l'IA allait probablement nous tuer. Et de la raison pour laquelle nous préférons une tragédie dont nous sommes les héros à une lente décomposition sans dénouement.
Je me suis questionné sur ce que ces récits nous autorisent à ne pas faire, sur le doomisme devenu plus répandu que le climatoscepticisme, et sur ce que la joie rebelle peut opposer à un sombre qui n'offre aucune prise. Et j'ai fini par une conviction : le vrai risque existentiel, c'est peut-être une civilisation qui ne sait plus fabriquer d'images de ce qu'elle veut.
À la fin, je vous demande un service. Envoyez-moi une histoire d'avenir désirable, un film, un roman, une série. J'en fais une liste et je la publie.
Citations marquantes« Entre deux versions d'un même danger, n