
← Vlan!8 Oct · 50 min
[Solo] De la CIA à Périclès : qui fabrique ce que vous croyez
Tout est parti d'un réel Instagram. Une voix très sûre d'elle, des images d'archives, et une affirmation : pendant la guerre froide, la CIA aurait financé en secret la gauche culturelle européenne pour la détourner de la lutte des classes. Ma première réaction a été « wtf, c'est vrai ou c'est encore une théorie conspi ? ». J'ai tiré le fil. Le réel est à peu près vrai. Surtout, en remontant l'histoire, je suis tombé sur une autre histoire qui commence la même année, avec exactement le même diagnostic, et qui a gagné là où la CIA a perdu.
Dans cet épisode, nous parlons du Congrès pour la liberté de la culture, de ses revues financées par des fondations écrans, de ses intellectuels sincères qui ignoraient d'où venait l'argent, et du scandale de 1967 qui l'a fait tomber. Nous parlons de la Fondation Ford et de la façon dont un financement massif peut déplacer un mouvement de la question économique vers la question culturelle, sans rien cacher. Puis de Friedrich Hayek, de son essai sur les « revendeurs d'idées de seconde main », et d'Antony Fisher. Cet ancien pilote de la RAF a fait fortune dans les poulets en batterie, et Hayek lui a conseillé de ne surtout pas faire de politique mais de changer le climat des idées. Vingt-cinq ans plus tard, Margaret Thatcher le remerciait.
Je reviens aussi sur l'épisode enregistré il y a deux ans avec Anne-Sophie Simpere sur le réseau Atlas. Il n'avait pas cartonné alors que tout y était déjà : la chambre d'écho, les indicateurs qui claquent, la fenêtre d'Overton inventée par un salarié de think tank, l'astroturfing version papier, et ce mailing sur une « squatteuse » qui n'en était pas une. Je me suis demandé comment des idées qui profitent à une toute petite minorité arrivent à gagner des élections. Et pourquoi le libéralisme économique s'est marié au conservatisme social. Et comment la France a encadré le financement des partis en laissant grand ouvert celui des think tanks, avec en prime une réduction d'impôt.
Je regarde ensuite vers ce qui vient. Les assistants d'IA deviennent les nouveaux revendeurs d'idées de seconde main. Grok a glissé un « génocide blanc » dans des réponses sur des recettes de cuisine. Des réseaux écrivent des millions d'articles pour nourrir les modèles plutôt que les lecteurs.
Je finis sur une note qui peut sembler bizarre après tout ça : de l'espoir. Ce climat a été fabriqué par une poignée de gens patients, et ce qui a été fabriqué peut se refabriquer. Je vous laisse aussi un exercice que j'